Dans sa dernière newsletter, le SPP Intégration sociale livre une analyse très intéressante de l'IA et des outils numériques quand ils sont mis au service de l’emploi et qu'ils deviennent une aide pour les bénéficiaires d'un revenu d'intégration.
Découvrez-là ici :
La Belgique dispose de l'un des systèmes de protection sociale et d'échange de données les plus avancés d'Europe. Pourtant, un grand nombre de personnes percevant un revenu d'intégration ou très éloignées du marché du travail ont du mal à trouver un emploi durable. C'est ce qui ressort d'un nouveau rapport de l'OCDE sur l'intelligence artificielle (IA), la numérisation et l'intégration sur le marché du travail en Belgique et en Grèce.
Selon cette étude, des systèmes numériques mieux intégrés et des outils d'IA utilisés de manière responsable peuvent aider les administrations locales, les CPAS et les services de l'emploi à accompagner les demandeurs d'emploi vers un travail plus rapidement et de manière plus durable. Dans le même temps, l'OCDE souligne que la technologie ne doit en aucun cas se substituer à l'accompagnement humain, mais qu'elle peut constituer un outil puissant.
Une base solide, mais encore trop de fragmentation
La Belgique dispose d'infrastructures numériques solides, notamment la Banque Carrefour de la Sécurité Sociale, les services régionaux de l'emploi et les CPAS locaux. Pourtant, l'échange d'informations concernant les compétences, l'expérience professionnelle, les formations et les besoins d'accompagnement ne se déroule souvent pas au mieux entre les différentes institutions concernées.
Par conséquent, de nombreux demandeurs d'emploi ne bénéficient pas d'un accompagnement pleinement intégré et les chances d'une intégration durable sur le marché du travail ne sont pas toujours exploitées au maximum. C'est un défi important principalement pour les bénéficiaires du revenu d'intégration qui sont souvent confrontés à plusieurs obstacles à la fois.
Où les bénéficiaires du revenu d'intégration trouvent-ils du travail ?
L'étude révèle que les bénéficiaires du revenu d'intégration qui franchissent le pas vers le travail se retrouvent souvent dans un nombre limité de secteurs et de groupes professionnels. En Belgique, la majorité se concentre dans les services d'assistance, la logistique, le nettoyage, le commerce, l'horeca et d'autres secteurs des services. Les fonctions temporaires et peu qualifiées sont également fortement représentées. L'industrie, le bâtiment et les professions plus spécialisées restent difficilement accessibles pour de nombreux bénéficiaires du revenu d'intégration. Par ailleurs, il apparaît que de nombreux parcours se caractérisent par des périodes d'emploi courtes ou instables, ce qui oblige une partie des personnes concernées à demander à nouveau l'aide sociale. Le rapport souligne donc qu'une mise à l'emploi réussie ne doit pas seulement viser une insertion rapide sur le marché du travail, mais aussi un emploi durable, des possibilités d'évolution et des parcours de formation ciblés qui favorisent l'accès à des emplois de qualité.
L'IA peut rendre l'accompagnement plus personnel
Le rapport décrit comment les systèmes d'IA peuvent contribuer à une approche plus personnalisée. Outre la mise en correspondance classique des offres d'emploi, ces systèmes permettent également d'identifier les compétences, de détecter les besoins en formation et de proposer des parcours professionnels réalistes. Cela permet aux conseillers et aux assistants sociaux de s'adapter de manière plus ciblée à la situation individuelle des demandeurs d'emploi.
L'OCDE y voit des opportunités pour des plateformes numériques intégrées qui regroupent l'accompagnement social, le placement, la formation et les informations sur le marché du travail au sein d'un seul environnement convivial.
Un rôle important pour les administrations locales
Selon le rapport, les administrations locales et les CPAS jouent un rôle clé dans l'accompagnement des personnes qui demandent leur droit à l'intégration sociale. Elles disposent souvent d'informations cruciales sur les compétences, la situation sociale et les obstacles à l'emploi. Une meilleure mise en relation de ces informations avec les données relatives au marché du travail peut permettre de mettre en place des parcours d'insertion professionnelle plus efficaces.
L'étude précise que la réussite de la numérisation ne dépend pas uniquement de la technologie, mais aussi de la collaboration entre les acteurs locaux, régionaux et fédéraux. Des accords clairs sur le partage de données, l'interopérabilité et la responsabilité sont essentiels à cet égard.
Des garanties strictes sont nécessaires
L'OCDE insiste sur le fait que le développement d'applications d'IA dans le domaine des services sociaux et de l'emploi doit s'inscrire dans le cadre du RGPD et de la loi européenne sur l'IA. La transparence, le contrôle humain, la protection des données et la prévention de la discrimination constituent à cet égard des conditions fondamentales.
Selon le rapport, la Belgique dispose d'un état initial solide grâce à son infrastructure de données existante. L'étape suivante consiste à mieux mettre en relation ces atouts par le biais d'un cadre juridique solide, à des normes communes et à une approche de gouvernance partagée.
Vers des transitions sur le marché du travail plus durables
Le message central de cette étude est clair : le défi ne consiste pas seulement à trouver un emploi, mais aussi à favoriser des carrières durables. Des systèmes numériques bien conçus et s'appuyant sur l'IA peuvent aider les administrations locales à mieux accompagner les citoyens vulnérables vers des emplois de qualité, des formations et une participation durable au marché du travail.
Cette étude est le fruit d'une recherche de deux ans menée par l'OCDE, financée par l'Instrument d'appui technique de la Commission européenne (DG Reform).
Le rapport peut être consulté ici : L’IA et le numérique au service de l’emploi en Belgique et en Grèce | OCDE
Le 3 novembre, de 10 h 30 à 12 h 30, les résultats du projet européen seront présentés lors d’un séminaire en ligne ouvert au public. Le séminaire se déroulera exclusivement en anglais. La participation est gratuite, mais l’inscription est obligatoire via ce lien.